Voici la suite de l’entrevue avec Bruno Cathala qui porte sur le métier d’auteur de jeux de société. Si vous voulez en connaître plus sur Bruno Cathala et ses jeux, vous pouvez consulter son blogue, aussi repris dans nos coups de coeur. Pour plus d’info sur son entreprise Entrejeux
Question BDJ : Est-ce un métier à part entière ou un hobby?
Bruno Cathala (BC): Je dirais, en ce qui me concerne, les deux mon capitaine !! En effet, je considère toujours la création ludique comme un loisir, comme une passion, ce qui n’empêche pas que, depuis 2005, c’est devenu mon activité professionnelle, suite à un licenciement économique de mon vrai métier d’avant. Une activité pour le moins risquée sur le plan financier, et que je réussis à équilibrer au travers de la société que j’ai créée, Entrejeux, qui propose aux entreprises privées des prestations diverses et variées (mais pas avariées) au travers de jeux de société (animation, team building, formation, création personnalisée à des fins de communication interne ou externe, etc…). Bref, malgré un nombre conséquent de jeux publiés, mes royalties ne représentent que 50% des revenus dont j’ai besoin pour boucler mes fins de mois, le reste étant grapillé, heureusement, par Entrejeux.
BDJ : D’où viennent toutes ces idées de jeux? Quel est le processus créatif?
BC : Les influences sont là aussi diverses et variées.Il y a généralement deux grands cas de départ:
- Soit l’envie de faire un jeu sur une thématique donnée: par exemple pour Senji, l’envie était de faire un jeu de diplomatie se déroulant dans un japon médiéval. Alors avant de commencer à travailler, nous nous sommes plongés dans la lecture de tout un tas de livres, BD, pages internet, et avons aussi visionné quelques films afin de nous imprégner de tous les poncifs de cette époque riche. Et ce n’est qu’ensuite que nous avons cherché les mécanismes qui permettraient de retranscrire les divers éléments de la période que nous avions envie de mettre en avant.
- Soit c’est une idée de mécanisme qui vien en premier, sans même le vouloir: par exemple, pour Drôles de Zèbres, je m’amusais avec des pentominos (j’adoooooore les pentominos) et, après avoir réalisé une surface rectangulaire parfaite, j’ai vu différentes zones dans lesquelles il pouvait être intéressant de faire un jeu de majorité, avec un pion tournat autour du rectangle et limitant les choix de l’adversaire… j’ai développé l’idée de base le soir même, en modifiant la taille des surfaces pour plus de variété… ça marchait impeccable.. et alors seulement j’ai cherché un thème, qui lui même a impacté les mécanismes, parce que, avec des animaux sauvages de type lion, crocodile, gazelles, il était intéressant de jouer aussi sur les interactions naturelles entre prédateurs et animaux fourrage… ;-))
BDJ : Quand et comment avez-vous la certitude qu’une idée de jeu est bonne?
BC : Personnellement je fonctionne d’un façon un peu bizarre: quand j’ai une idée, je ne commence pas à fabriquer de matériel tant que je n’ai pas pu faire dans ma tête une partie virtuelle satisfaisante. ça m’évite pas mal de boulot, en éliminant tout un tas de pistes qui conduisent en fait à des situations de blocage, ou à des manques de tension ludique. C’est quelque chose que j’ai en quelque sorte appris au travers de mon ancien métier: je faisais de la recherche et du développement pour la mise au point de matériaux pour lesquelles le moindre essai coûtait une fortune. Du coup, avant de faire un essai, il fallait se poser vraiment la question de savoir s’il était absolument nécessaire, ou bien si, finalement, la littérature et les lois de la physique n’étaient pas suffisantes pour en prédire le résultat, l’essai n’étant finalement là que pour se rassurer. Pas évident au départ, mais vraiment formateur.
Alors du coup, côté ludique, les étincelles de départ qui survivent à ce passage dans le broyeur à idées conduisent généralement à des jeux qui méritent de s’investir plus profondément dans le processus de développement.
BDJ : Quelles seraient vos recommandations à un créateur de jeux en herbe?
- Ne pas faire ça en espérant devenir riche
- Le faire avec passion (c’est comme au théâtre… si on n’y met pas ses tripes, il y a peu de chance de transmettre quelque chose)
- Ne pas rester seul (aller à la rencontre des autres auteurs/éditeurs au travers des salons et concours est un bon myen d’étalonner la crédibilité de son projet
- Ne pas se décourager (un refus de plusieurs éditeurs ne signifie pas forcément qu’un projet est mauvais), mais savoir écouter quand même (si les arguments de refus sont toujours les mêmes, savoir se remettre en question, c’est pas mal non plus)
- Etre patient, TRES patient (souvent, entre l’idée initiale et une sortie boutique, il faut plusieurs années)

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